Quelque part

Où en suis-je aujourd’hui?

Quelque part entre le passé et l’avenir, le passé qui vit défiler les jours les uns après les autres, heures, minutes, secondes, instantanés sitôt vécus que déjà évaporés, au moment même où ils se produisaient, en simultané pourrait-on dire, le fait de les vivre engendrant de lui-même leur propre perdition, intrinsèquement, entraînant avec eux les choses et les êtres, ces êtres qui partageaient notre espace-temps à ce moment-là, êtres qui existent encore ou qui furent engloutis au fil des années, le corps qui s’amoindrit, la chair qui se corrompt, le temps n’étant pas la cause de leur perte mais de leur précipitation, de leur course vers une finitude arbitraire et désolante, pour eux, pour nous, instantanés, choses et êtres, à jamais enfuis, à jamais perdus, condamnés donc à ne subsister que dans nos mémoires, fragiles réceptacles, si aisément faillibles.

Et l’avenir, constitué d’une soupe d’atomes, d’idées et de gestes potentiellement assemblés, indéterminés, ou déterminés selon les croyances, en gestation, en cours de construction, jusqu’à là encore cette fin qui nous menace tous, dont on sait, dont on est sûr et certain qu’elle sera, tout comme notre naissance a été, ces deux repères absolus et tangibles au point qu’ils sont parfois tout ce qui reste de l’existence de milliards de gens qui furent,  dates de naissance et de mort, de milliards de gens qui pourtant ont vécu, aimé, travaillé, désiré et refusé, construit ou détruit, durant des dizaines et des dizaines d’années, pour finir par aborder un monde éternellement meilleur diront certains, ou leur inéluctable dissolution diront d’autres.

Où en suis-je aujourd’hui?

Moi-même fruit du hasard, de l’instinct de survie des deux êtres qui aléatoirement me conçurent, dans un but inconscient sans doute de reproduction de l’espèce, espèce qui me fait honte souvent, dont je me désolidariserais volontiers, et je suis sûre de ne pas être la seule dans ce cas, mais soyons honnêtes, quel être humain préfèrerait vraiment être un castor, un radis ou un galet?

Où en suis-je aujourd’hui?
Si seulement je le savais.
Quelque part entre rien et rien, je suppose.

01/02/2017

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